UNE VAGUE EST EN TRAIN
DE SE LEVER
Dans une salle pleine à craquer ( 1500 places assises, les travées plus les marches bondées en haut comme en bas) du Palais des Congrès au Parc Chanot à Marseille le 10 février 2009, se tient le premier meeting du Front de Gauche ( PG-PCF) dans les Bouches du Rhône, le second en France, après celui de Frontignan dans l'Hérault.
Les militants du PCF qui composent la majorité de la salle, sont venus de toutes les villes du département. La mobilisation du PCF est une longue expérience. Le Parti de Gauche, né voici 2 mois, est néanmoins fortement présent avec ses drapeaux rouges, ses banderoles, son stand...et ses militants tout sourire. Le bonheur des retrouvailles de générations et d'histoires, alliées dans un destin commun, se préparant dans cette première rencontre publique aux combats sociaux et électoraux qui viennent.
Les deux partis ont soigneusement préparé depuis un mois cette rencontre militante : l'enthousiasme des participants a été la réponse unanime. Ce qui a marqué la préparation et la tenue du meeting, c'est d'abord le respect mutuel. Pourtant les deux partis sont loin d'être égaux en nombre mais ils ont su construire ensemble. Ce qui est un gage important pour l'avenir. Le respect mais aussi la nouveauté : on a vu à la tribune une association alter mondialiste comme ATTAC, la toute nouvelle Fédération, s'exprimer par la bouche d'une conseillère municipale de Simiane des Alternatifs, Magali Braconnot, une représentante ( Marie-José Del Volgo) de l'Appel des Appels qui a un mois d'existence (fédération des luttes sociales en cours dans la santé, la culture, la justice, les arts...), aux cotés des formations politiques du Front de Gauche.
L'Europe est directement présente dans la salle : une étudiante grecque, Rania Svigkou, représentant Synaspismos et un imprimeur syndicaliste à la faconde méridionale, Fritz Schmaldzbauer représentant Die Linke, en Allemagne. Cette diversité a un sens : le Front de Gauche n'est pas une coalition réduite aux seuls partis politiques mais un rassemblement d'énergies et de volontés pour changer d'Europe, thème du meeting.
Le groupe « Quartiers nord »commence par une chanson « tombé du camion » raillant N. Sarkozy et le gouvernement dans un couplet spécialement créé pour la circonstance ! L'assistance reprend le refrain et donne le ton. Pierre Dharréville, secrétaire fédéral du PCF, Gérard Perrier, fondateur du PG à Marseille, introduisent la réunion. Un film de témoignages leur succède. Il montre, dans la bouche des témoins interwievés, la lutte contre la casse de tous les acquis sociaux, des services publics dans toute l'Europe. Ce que les syndicalistes CGT ou CFDT, ceux de la Poste, d'ATMEL, de Carrefour, de la Pétrochimie, de l'Hôpital Nord, confirment comme Jean-Michel Carrier, maire PCF de Port Saint Louis du Rhône, et le Réseau Education Sans Frontières, récemment mobilisé contre les centres de rétention administratifs. Ils le disent avec ce mélange d'émotion et de colère qui traduit si bien la situation présente. Le fleuve humain sur la Canebière ce 29 janvier 2009, où tous les syndicats unis ont répondu une première fois à la crise économique du capitalisme était l'arrière-plan de ces témoignages.
C'est parce que notre pays est en train de vivre un moment grave que les interventions de Jean-Luc Mélenchon, fondateur du Parti de Gauche, et Francis Wurtz, député européen, sont attendues. Chacun à sa manière, le tribun et le pédagogue, apporte un espoir : la naissance du Front de Gauche, signal pour l'unité des forces qui ne se résignent pas aux ravages des politiques néolibérales et sont porteuses de projets de transformations sociales.
C'est, en effet, l'avant-première : l'ouverture du débat politique devant tous les citoyens, avant les élections européennes de juin prochain. L'ambition de ce front est de prolonger la victoire du NON de Gauche du 29 mai 2005 par le rejet du traité de Lisbonne, son frère jumeau de février 2008. C'est pourquoi Jean-Luc Mélenchon a de nouveau lancé un appel à l'unité sans préalable, après le congrès décevant du NPA, 48heures avant ce meeting. Jean-Luc Mélenchon ne s'était jusqu'ici jamais exprimé en public dans les Bouches du Rhône. Les nombreux militants aguerris du PCF en ont pourtant entendu bien d'autres dans leur vie politique : ils l'ovationnent plusieurs fois, allant jusqu'à l'interrompre durant son discours.
Autour du stand du Parti de Gauche, même enthousiasme, des militants qui ne se sont pas revus depuis longtemps, des jeunes syndicalistes, des profs qui n'ont jamais adhéré à aucun parti politique, partagent la même ferveur : celle de se retrouver dans un parti vraiment à gauche, qui affiche clairement son ambition de gouverner, de renouveler, voire d'inventer des fonctionnements politiques qui rompent avec le clientélisme, les notables indéboulonnables et leurs héritiers politiques dont Marseille n'a malheureusement pas le privilège.
La tourmente de la crise du capitalisme qui frappe si durement le peuple oblige à presser le pas. Tout ici est fait dans la hâte : première réunion à Marseille du PG le 15 décembre, congrès de fondation fin janvier, 10 jours avant ce meeting. Entre temps, plusieurs manifestations de solidarité avec le peuple palestinien de Gaza, le soutien à la manifestation du 29 janvier, ont demandé aux militants un effort exceptionnel.
« La Marseillaise » et « l'Internationale » ont clôturé ce meeting. C'est la signature de la gauche depuis le 19ème siècle pour une Europe des peuples, pour la République sociale.
Pour en finir avec ces vies empoisonnées par le chômage, les SDF de plus en plus nombreux dans les rues, les jeunes dans la précarité permanente, les salaires qui ne suffisent plus pour vivre, se soigner, éduquer ses enfants... Ce meeting a dit : on veut une AUTRE EUROPE. Et on sait comment faire d'autres politiques pour en sortir. Pas d'autre moyen pour cela que
LE FRONT DE GAUCHE PARTOUT !
Gérard Perrier, Marseille le 11février 2009